Le papier (Régine)
Sur un vieux bureau qui sent la cire
Se trouve une vieille machine à écrire
Puis des feuilles éparpillées
Sur lesquelles des mots ont été jetés.
Un siège confortable en cuir craquelé
Et sous le bureau une corbeille
Remplie de notes froissées
Attestant que l’écrivain n’est pas satisfait.
L’inspiration n’est plus là
Et le met dans tous ses états
Alors il ferme la porte de la chambre
Entrouvre la fenêtre
Et part en claquant la porte qui tremble.
En attendant le retour du maitre…
Une feuille blanche de papier sortit de sa ramette
Profitant du vent, pour prendre la poudre d’escampette.
Elle rêvait depuis toujours, de liberté
De cette chambre s’envola, avec fierté
Que c’est beau, vu dans haut, pense-t-elle
Je ne pensais pas que la nature était aussi belle
Puis doucement le vent cesse et la dépose délicatement
Sur le bord d’un trottoir où elle rencontre avec étonnement
Des papiers comme elle, mais tâchés, qui sentent mauvais
Bonjour dit-elle, je ne sais où le vent m’a déposé
Les papiers se mettent à rire, d’un rire gras
Toi tu fais partie des nobles : tu n’as rien à faire là.
Regarde-nous, nous vivons dehors, par n’importe quel temps
Nous sommes les déchets de la société et bientôt : vlan !
Les éboueurs nous empileront dans leur camion
Pour nous détruire à tout jamais : c’est leur mission.
File vite, avant qu’ils ne viennent et prend garde à toi
Merci, dit-elle, mais pourquoi ne venez vous pas avec moi
Echapper ainsi à votre destin, et m’accompagner dans mon chemin
Tu es brave, mais nous assumons nos choix et ainsi ne regrettons rien.
Puis, la petite feuille, poussée par ses congénères, roule
Et bientôt son aspect lissé, n’est plus qu’une petite boule
Elle s’étire et soudain regarde avec admiration
Des papiers peints, de toutes générations
Oh, comme vous êtes beaux,
Que faites vous ainsi pliés en rouleaux
Nouvel éclat de rire, avec un certain mépris,
sachez jeune fille, que nous n’avons pas de prix
Regardez les gens qui se pressent pour nous choisir
C’est dans ces moments là que l’on éprouve ce plaisir
On nous arrache, pour décorer de somptueuses villas
Des maisons de maitre, et tout le tralala.
Que fais tu dans les rues, ta place est dans une ramette
Et pas des moindre, au vu de ta peau délicate et fluette
Retourne d’où tu viens, avant que tu ne finisses
Lamentablement dans un caniveau, et que tu périsses
Alarmée, la petite feuille de papier se sent de nouveau soulevée
Le vent est venu à son secours, pour l’emmener plus loin
Dans un coin moins malsain où elle ne risque rien,
Nouvelle découverte, sous son regard exorbité
Elle voit à l’entrée d’une boutique, des papiers multicolores
Elle sent joyeuse et sereine, et déjà sa curiosité, déborde.
Qui êtes vous, vos parures sont somptueuses
On dirait un défilé de haute couture et de pierres précieuses
De nouveaux une multitude de rires enfantins.
Mais de quelle planète sors-tu belle innocente
On nous appelle « papier cadeau » c’est notre destin
Nous devons garder secret, le contenu de nos paquets
Pour déclencher une surprise générale et parfois l'hilarité
petits et grands doivent toujours garder leur coeur d'enfant
Tu vois notre mission est noble
Mais la tienne devait l’être aussi.
A voir la clarté et la finesse de ton grain de peau….
Oui, c’est un peu compliqué,
Un jour peut être je vous expliquerai
Mais aujourd’hui, je veux profiter de la vie
Voir si les mots correspondent à mes envies
Curieuse enfant, répondirent les papiers d’emballage.
Mais tiens compte de nos conseils, retourne dans ton sillage.
Tandis qu’elle s’éloigne à nouveau, elle aperçoit un objet magique
Il ne s’agit pourtant que d’un sac de poubelles en plastique.
Cette couleur bleue, et sa texture, aiguise sa curiosité
Bonjour dit-elle, qui êtes-vous ?
Sans un regard, d’une voix haineuse, il dit : un sac poubelle
Est-ce pour me narguer, petite, que tu viens me chercher querelle
Pas du tout, je ne veux en aucun cas vous offenser
Je découvre le monde extérieur pour la première fois
Et cela provoque en mon âme un profond émoi
je ne vais pas me montrer insolente, et près de vous rester.
Je vous trouve noble et courageux pour le métier que vous faites
Vous rendez ainsi la ville plus belle et lui donnez un air de fête
Baliverne ! dit-il allez file d’ici avant que je me fâche.
Dans ce sac, je pourrai t’y enfermer et de toi, plus de trace.
Apeurée, elle se réfugia sous le porche d’une église
Et comme le hasard fait parfois bien les choses, une surprise
Des centaines de petits bouts de papiers ronds
Et de longs bandeau comme s’ils faisaient front
Oh, comme vous êtes beau, qui êtes vous ?
Pardi, faut il que tu sois sotte ma belle
Pour ne pas reconnaitre « des confettis »
Ne sois pas étonnée de nos facéties
Nous sommes conçues pour rendre la vie belle
Et chaque instant présent le rendre joyeux
Une pluie au dessus des têtes et quelques vœux
Pour que naissent sur les visages de tous les sourires
Qui provoquent réconfort et surtout le rire
Je vous envie les amis, cela doit être merveilleux
Oh il ne faut pas juger sur les apparences petites
Nous savons que notre vie est éphémère
Sitôt jetés, personne ne se retourne en arrière
Nous avons fait notre travail, il faut dire à la vie, adieu
Déçue une fois de plus, elle se mit à pleurer
Je n’imaginais pas la vie ainsi,
Je voudrai pouvoir m’en aller
Que j’avais la chance d’avoir un toit
Et quelqu’un qui compte sur moi.
Mon écrivain t’inquiètes tu ?
De mon absence, te languies-tu ?
Alors le vent se fit plus fort et l’emmena
Flotter sur une rivière où elle faillit se noyer.
Mais, c’était sans compter sur son carma
Deux oiseaux la sauvèrent de ce mauvais pas.
A présent la tenant par les côtés avec leur bec, ailes déployées
Doucement, avec une brise légère, ils la firent sécher.
Fatiguée de tant de surprises
Sur la branche d’un arbre, elle s’endormit
Cette bonne nuit de sommeil, de ses peurs, elle se sentit remise
Et maintenant comme un enfant que l’on berce avec envie
Le vieil arbre lui dit : Raconte- moi ton aventure mon enfant
Je veux savoir d’où tu viens et ce que tu as appris ces derniers temps
Alors elle raconta calmement son aventure
Entrecoupée, de sanglots étranglés, et d’amertume.
Le vieil arbre lui dit : tu as cherché bien loin l’aventure
Aveuglée par ton impatience de devancer le futur
J’ai connu ton père et ton grand père,
Des arbres nobles et majestueux
S’ils voyaient ce que tu es devenue, misère,
Comme ils seraient malheureux.
Tu as pour maitre un écrivain et pas des moindres
Un homme talentueux qui ne vie que pour ses écrits
De toi, il fera une merveille, mettant à nu ses sentiments sans feindre
Parce que c’est sa raison d’être, toute sa vie,
Je te demande une seule chose, lorsqu’il se sera endormi
Tu lui raconteras dans ses rêves toutes tes péripéties
Avec mes amis à plume, et le vent mon ami
Je vais te replacer sur ce bureau. C’est ainsi !
Oh oui répondit la feuille toute joyeuse
Jamais plus je ne me ferai « fugueuse ».
Le lendemain l’écrivain se leva avec un large sourire
Dans sa tête des idées, des images, des mots, des éclats de rire
Oui Il savait que son don ne l’avait pas quitté.
Il lui fallait ce temps de repos pour se ressourcer
Il prit la feuille de papier. Curieusement, il sentit une odeur de vie
Impossible se dit-il
Et pourtant à qui veut réaliser ses rêves tout est permis
Et c’est ainsi qu’est né « le roman nommé papier »…
A vous d'y croire ou non mais admettez
Que c'est une belle histoire...